Festival Les couleurs ont une histoire…. en images !

Le ROUGE à Milly la Forêt – très belle exposition dans un endroit magnifique – L’espace culturel du Moustier – jusqu’au 29 mai – ouvert du mardi au dimanche de 10h à 12h30 et de 14h à 18h

_JM05972ALe jour du vernissage….

Le BLEU à Villiers-sous-Grez, au foyer Jean Louis Garban jusqu’au 1er mai du lundi au vendredi de 14h à 18h et samedi dimanche de 10h à 18h

_JM05976Avec Elisabeth Joly au centre, initiatrice du Festival

Pour le vernissage…

Le VERT à Noisy sur Ecole jusqu’au dimanche 1er mai – ouvert de lundi à dimanche de 14h à 18h

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Le NOIR et BLANC c’est à Barbizon – Salle Marc Jacquet – vernissage samedi 30 avril à 18h

Le BRUN c’est au Vaudoué – Salle Polyvalente – Vernissage samedi 14 mai à 18h

Le JAUNE c’est à Larchant – Dans les granges d’Angela 26, rue des Sablons – Vernissage samedi 21 mai à 17h.

Apéro Philo Larchant le 15 février à 11h – Du désir, de l’amour et de l’amitié – 1

 

 deux chaises DESIR, AMOUR et AMITIE 

Photographie Janine Mignot

 

avec Laurence Manesse Cesarini (essayiste, professeure de philosophie) pour la philo et Janine Mignot (photographe) pour les photos !

Philosopher dans nos villages… pour s’ouvrir, s’étonner, grandir !

Vous avez dit désir ? mais encore…  Il y a désir et désir… désir de l’autre… désir de gloire… désir de reconnaissance… désir de liberté… s’agit-il toujours de la même chose ?

Platon (427-347 av. J.-C.) propose une critique radicale du désir qu’il appelle « désir appétit » quand Epicure (342-270 av. J.-C.) nous donne la recette du bonheur en hiérarchisant les désirs. Il faudra renoncer aux désirs vains pour se donner les moyens d’être heureux :

« Il faut se rendre compte que parmi nos désirs les uns sont naturels, les autres vains, et que parmi les premiers il y en a qui sont nécessaires et d’autres qui sont seulement naturels. Parmi les nécessaires, il y en a qui le sont pour le bonheur, d’autres pour la tranquillité continue du corps, d’autres enfin pour la vie même. Une théorie non erronée de ces désirs sait en effet rapporter toute préférence et toute aversion à la santé du corps et à la tranquillité de l’âme puisque c’est là la perfection même de la vie heureuse. Car tous nos actes visent à écarter de nous la souffrance et la peur. Lorsqu’une fois nous y sommes parvenus, la tempête de l’âme s’apaise, l’être vivant n’ayant plus besoin de s’acheminer  vers quelque chose qui  lui manque, ni de chercher autre chose pour parfaire le bien-être de l’âme et celui du corps. (…) Et c’est pourquoi nous disons que le plaisir est le commencement et la fin de la vie. »   Epicure, Lettre à Ménécée

Spinoza (1632-1677) va plus loin puisqu’il affirme que le désir est essence même de l’homme.

« Chaque chose, autant qu’il (il = le conatus = effort d’une chose pour persévérer dans son être) est en elle, s’efforce de persévérer dans son être. (…)

Cet effort, quand il se rapporte à l’âme seule, est appelé volonté, mais, quand il se rapporte à la fois à l’âme et au corps est appelé appétit ; l’appétit n’est par là rien d’autre que l’essence même de l’homme, de la nature de laquelle suis nécessairement ce qui sert à sa conservation ; et l’homme est ainsi déterminé à le faire. De plus, il n’y a nulle différence entre l’appétit et le désir, sinon que le désir se rapporte généralement aux hommes, en tant qu’ils ont conscience de leurs appétits, et peut, pour cette raison se définir ainsi : le désir est l’appétit avec conscience de lui-même.

Il est donc établi par tout cela que nous ne nous efforçons à rien, ne voulons, n’appétons ni ne désirons aucune chose, parce que nous la jugeons bonne ; mais, au contraire, nous jugeons qu’une chose est bonne parce que nous nous efforçons vers elle, la voulons, appétons et désirons. »             Spinoza, Ethique

 

Et pour Rousseau (1712-1778) celui qui ne désire plus ne peut pas être heureux !

« Malheur à celui qui n’a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère, et l’on n’est heureux qu’avant d’être heureux. En effet, l’homme avide (mû par le désir) et borné (têtu et d’intelligence limitée), fait pour tout vouloir et peu obtenir, a reçu du ciel une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu’il désire, qui le soumet à son imagination, qui le lui rend présent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte, et pour lui rendre cette imaginaire propriété plus douce, le modifie au gré de sa passion. Mais tout ce prestige disparaît devant l’objet même ; rien n’embellit plus cet objet aux yeux du possesseur ; on ne se figure point ce qu’on voit ; l’imagination ne pare plus rien de ce qu’on possède, l’illusion cesse où commence la jouissance. Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d’être habité et tel est le néant des choses humaines, qu’hors l’Etre existant par lui-même (Dieu) il n’y a rien de beau que ce qui n’est pas.

Si cet effet n’a pas toujours lieu sur les objets particuliers de nos passions, il est infaillible dans le sentiment commun qui les comprend toutes. Vivre dans peine n’est pas un état d’homme ; vivre ainsi c’est être mort. Celui qui pourrait tout sans être Dieu, serait une misérable créature ; il serait privé du plaisir de désirer ; toute autre privation serait plus supportable. »                                        Rousseau, La Nouvelle Héloïse

Marx enfin (1818-1882) nous explique que nous désirons parce que nous nous comparons aux autres.

« Qu’une maison soit grande ou petite, tant que les maisons d’alentour ont la même taille, elle satisfait à tout ce que, socialement, on demande à un lieu d’habitation. Mais qu’un palais vienne s’élever à côté d’elle, et voilà que la petite maison se recroqueville pour n’être plus qu’une  hutte. (…) nos besoins et nos jouissances ont leur source dans la société ; la mesure s’en trouve donc dans la société, et non dans les objets de leur satisfaction. Etat d’origine sociale, nos besoins (besoins sociaux = désirs) sont relatifs par nature. »                                                                                        Marx, Travail salarié et capital, 1849

Qu’allons nous faire de tout ça ? Nous en avons parlé ensemble….

Voici l’apéro philo en images !

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Salle Chatenoy – Larchant

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Pendant et après les festivités… une ambiance toujours agréable et chaleureuse ! l’important restant de parvenir à philosopher.. mais ensemble !

 

Janine Mignot Photographe et amie de la philo !

 

 

A l’âge de 12 ans, le nez au vent mais l’œil attentif, Janine Mignot étonne par le cadrage des photos de famille qu’elle fait avec son premier appareil.

A 20 ans, c’est en découvrant la Grèce que l’aventure des « arrêts sur image » commence avec autant d’évidence que de naturel. Lumière, couleur, cadre, l’œil saisit la photographie à faire avant qu’elle ne le soit.

Très vite l’affaire se précise, acquisition d’un appareil plus professionnel et découverte des techniques de développement.

Faire une photo commence par les errances du regard sur le monde jusqu’au surgissement d’une image qui s’impose. Faire une photo s’achève au sortir de la chambre noire : pour Janine Mignot on ne peut dissocier prise de vue et tirage.

En 1985, sans raison apparente, si le regard du photographe flotte encore sur le monde, les images n’y apparaissent plus… les appareils sont rangés et s’empoussièrent !

Il faudra attendre 2006 pour que, du monde, les images de nouveau s’imposent avec la nécessité de les fixer. Depuis, la photo commence toujours par ce surgissement venu du réel, suit le clic de l’appareil numérique puis celui de la souris … l’image ne sera exposée au regard de l’autre qu’à l’issue de ce voyage.

Aujourd’hui s’offrent à nous pas loin de 100 photographies, prélevées au fil du temps entre 2007 et 2014. Des séries sans en être, des tendances changeantes, reflets, flous, transparences. Certaine semble être l’œuvre d’un graveur, l’autre d’un peintre, celle-ci un collage, celle-là venir d’un autre siècle…. le regard du spectateur se laisse surprendre par ce que l’œil de Janine Mignot pointe du monde.

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Pavillon de l’Erable à Avon

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A Larchant, nous avons choisi d’exposer une des photographies de Janine Mignot à la mairie (de gauche à droite, Laurence Manesse Cesarini, Janine Mignot et Vincent Mével)

affiche

 

Une très belle exposition, de magnifiques photographies, pleines de poésie… un regard bien particulier qui emporte le nôtre pour une vision du monde tout autre.

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A droite Janine Mignot
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la série des murs

 

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dans le Pavillon de l’Erable

 

 

Apéro Philo – Larchant – dimanche 25 janvier 2015

à Larchant donc...
à Larchant donc…

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Nature et technique, y a-t-il un maître ?

Par Laurence Manesse Cesarini, essayiste, professeure de philosophie… pour la philo – Présentation des Cassés-collés d’Hubert Duprat (photos Frédéric Delpech)… pour les arts

Sans la technique nous pouvons sans doute affirmer que l’homme n’aurait pu développer son humanité. C’est en effet grâce à la technique qu’il a pu survivre et se développer à travers les âges.

« A quelle date faisons-nous remonter l’apparition de l’homme sur la terre ? Au temps où se fabriquèrent les premières armes, les premiers outils. On n’a pas oublié la querelle mémorable qui s’éleva autour de la découverte de Boucher de Perthes dans la carrière du Moulin-Quignon. La question était de savoir si l’on avait affaire à des haches véritables ou à des fragments de silex brisés accidentellement. Mais que, si c’étaient des hachettes, on fut bien en présence d’une intelligence, et plus particulièrement de l’intelligence humaine, personne un seul instant n’en douta. Ouvrons d’autre part, un recueil d’anecdotes sur l’intelligence des animaux. Nous verrons qu’à côté de beaucoup d’actes explicables par l’imitation, ou par l’association automatique des images, il en est que nous n’hésitons pas à déclarer intelligents ; en première ligne figurent ceux qui témoignent d’une pensée de fabrication, soit que l’animal arrive à façonner lui-même un instrument grossier, soit qu’il utilise à son profit un objet fabriqué par l’homme. Les animaux qu’on classe tout de suite après l’homme au point de vue de l’intelligence, les Singes et les Eléphants, sont ceux qui savent employer, à l’occasion, un instrument artificiel. Au dessous d’eux, mais non pas très loin d’eux, on mettra ceux qui reconnaissent un objet fabriqué : par exemple le Renard, qui sait fort bien qu’un piège est un piège. Sans doute, il y a intelligence partout où il y a inférence ; mais l’inférence, qui consiste en un fléchissement de l’expérience passée dans le sens de l’expérience présente, est déjà un commencement d’invention. L’invention devient complète quand elle se matérialise en un instrument fabriqué. […] En ce qui concerne l’intelligence humaine, on n’a pas assez remarqué que l’invention mécanique a d’abord été sa démarche essentielle, qu’aujourd’hui encore notre vie sociale gravite autour de la fabrication et de l’utilisation d’instruments artificiels, que les inventions qui en jalonnent la route du progrès en ont aussi tracé la direction. »

Bergson (1859-1941), L’évolution créatrice, 1907

Si Platon nous rapporte le fameux mythe de Prométhée dans son Protagoras, cette prise de pouvoir sur le monde naturel par le biais de la technique répond à une injonction divine que l’on trouve dans l’ancien testament à la fin du premier chapitre de la Genèse.

« Dieu dit : faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance et qu’il soumette les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toute la terre et toutes les petites bêtes qui remuent sur la terre ! Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa. Dieu les bénit et Dieu leur dit : Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur ta terre ».

Le développement fulgurant des techniques aujourd’hui pose de graves problèmes entre la capacité que nous avons de détruire toute possibilité de vie sur terre de manière radicale (l’arme nucléaire) ou plus progressive (conséquences écologiques).

C’est alors aussi notre responsabilité qui est en jeu et on pourrait se poser la question de savoir si respecter la nature n’est pas devenu un devoir !

Mais ne faut-il pas encore entendre Bergson, ou Kant, et revenir à la nature qui est en nous ?

 « Enfin, pour tout dire, nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles. Cette tendance, issue du besoin, s’est encore accentuée sous l’influence du langage. Car les mots (à l’exception des noms propres) désignent des genres. Le mot, qui ne note de la chose que sa fonction la plus commune et son aspect banal, s’insinue entre elle et nous, et en masquerait la forme à nos yeux si cette forme ne se dissimulait déjà derrière les besoins qui ont créé le mot lui-même. Et ce ne sont pas seulement les objets extérieurs, ce sont aussi nos propres états d’âme qui se dérobent à nous dans ce qu’ils ont d’intime, de personnel, d’originalement vécu. Quand nous éprouvons de l’amour ou de la haine, quand nous nous sentons joyeux ou tristes, est-ce bien notre sentiment lui-même qui arrive à notre conscience avec les mille nuances fugitives et les mille résonances profondes qui en font quelque chose d’absolument nôtre ? Nous serions alors tous romanciers, tous poètes, tous musiciens. Mais, le plus souvent, nous n’apercevons de notre état d’âme que son déploiement extérieur. Nous ne saisissons de nos sentiments que leur aspect impersonnel, celui que le langage a pu noter une fois pour toutes parce qu’il est à peu près le même dans les mêmes conditions, pour tous les hommes. Ainsi, jusque dans notre propre individu, l’individualité nous échappe. Nous nous mouvons parmi des généralités et des symboles, comme en un champ clos où notre force se mesure utilement avec d’autres forces ; et, fascinés par l’action, attirés par elle, pour notre plus grand bien, sur le terrain qu’elle s’est choisi, nous vivons dans une zone mitoyenne entre les choses et nous, extérieurement aux choses, extérieurement aussi à nous-mêmes. Mais de loin en loin, par distraction, la nature suscite des âmes plus détachées de la vie […]. Je parle d’un détachement naturel, inné à la structure du sens et de la conscience, et qui se manifeste tout de suite par une manière virginale, en quelque sorte, de voir, d’entendre ou de penser. Si ce détachement était complet, si l’âme n’adhérait plus à l’action par aucune de ses perceptions, elle serait l’âme d’un artiste comme le monde n’en a jamais vue encore. »

Bergson, Le rire, 1900