Dimanche 12 février – Epictète était-il heureux ?

Rendez-vous Salle de la Sablonnière – Larchant à 11h pour se rencontrer et discuter avec Épictète…

Épictète

Étonnant personnage qu’Épictète ! Nous nous intéresserons à sa vision du monde, de la place de l’homme dans ce monde, de la liberté, de la mort, du bonheur enfin…. Né en 50 après J-C en Asie Mineure, il est amené à Rome comme esclave… inspiré par les stoïciens ce philosophe aura-t-il trouvé le bonheur ? Voici la question du jour qui nous permettra de rebondir sur d’autres….

 

Que faire de nos promesses ? Dimanche 20 novembre à 11h Salle de la Sablonnière à Larchant

Des promesses, nous en avons tous fait…. mais à qui, pourquoi et qu’en avons nous fait ?

photo Janine Mignot

photo Janine Mignot

La séance promet d’être questionnante, d’autant que cette notion de promesse n’a pas été souvent relevée par les philosophes. David Hume, philosophe, économiste et historien écossais, un des plus importants penseurs des Lumières, fut sans doute le premier à s’y intéresser sérieusement…. c’était donc au 18ème siècle, autant dire hier !

Nous serions heureux de vous retrouver ce dimanche 20 novembre à Larchant, pour ce rendez-vous philo dans la nouvelle salle de la Sablonnière (face à la salle de Chatenoy) à 11h. Nos discussions, comme à l’habitude à Larchant, se poursuivront autour du verre des amis de la sagesse !

Ces rendez-vous s’adressent à tous, aucune connaissance philosophique n’est requise pour pouvoir y participer.

Entrée libre et gratuite….

 

Dimanche 16 octobre 2016 à Larchant : Le temps est-il notre allié ?

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Quand on pose la question à un jeune graphiste, voilà ce qu’il propose (ci-dessus dessin à l’encre – Alexandre Cesarini 2015). Le temps dévastateur, perte de la jeunesse…. menaçant ! L’est-il vraiment ?

Quand on pose la question à un photographe, ça donne ça par exemple :

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Fenêtre fermée sur le monde… ou à ouvrir vers l’avenir ?

(Photographie de Janine Mignot 2016)

Quant aux philosophes…. succession de mots, de conception du temps… réalité ou construction humaine… promesse de lendemains meilleurs ou d’un vieillissement certain… disparition ?

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Et pourtant… même quand le temps passe et semble emporter notre jeunesse… le fait-il vraiment ? Cette jeunesse n’est-elle pas une certaine manière d’être et de penser ? Le temps ne nous apprendrait-il pas aussi à être tout simplement ce que nous sommes ?

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N’est-il pas toujours promesse d’un devenir vers un avenir toujours devant nous ?

Mais il faudrait, dans un premier temps, se demander de quoi nous parlons exactement quand nous parlons du temps… n’y a-t-il qu’une forme de temps… notre perception du temps est-elle univoque ? Ne pourrions-nous pas penser différents modes de perception du temps… temps sériel ou mondain, temps du suspens… esthétique… ou autres ?

Quelques jours plus tard !

Le mot de la fin de séance a été prononcé par la doyenne de ce rendez-vous sur le temps : « J’ai 92 ans 1/2, je ne fais plus de projets parce que je suis bien incertaine de pouvoir les réaliser… aussi je vis dans l’instant et j’y prend grand plaisir ! »

Salle de la Sablonnière à Larchant - Photo Janine Mignot
Salle de la Sablonnière à Larchant – Photo Janine Mignot
Photo Janine Mignot
Photo Janine Mignot

 

Parlez-moi de Liberté !

_JM05194C’était à Larchant, nous nous sommes retrouvés plus de 50 autour de la question de la liberté… beau sujet !

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Une très jolie exposition des photos de Janine Mignot nous accompagnait.

 

13Les fenêtres s’ouvrent et nous laissent nous échapper un peu… idée ou illusion de liberté ?

12A peine l’homme aura tourné le dos, la nature reprend ses droits. Silencieuse et souveraine, n’incarne-t-elle pas la liberté même ?

01Après une ballade entre les propositions de nos anciens, Epictete en tête, une ballade par le libre-arbitre avec Descartes et la conception kantienne de la liberté conditionnée à la morale et l’idée de la liberté comme autonomie ou faculté de se déterminer soi-même, nous nous sommes demandé si finalement, LA faculté de LA liberté ne serait pas, plutôt que la Raison… l’Imagination !

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Les discussions furent très intéressantes et nous nous sommes engagés à répondre… un jour… à la question :

Est-ce que penser la valeur de l’imagination quant à la liberté ne relèverait pas d’une croyance ?

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Y a-t-il de l’indicible – 12 Mars à 10h30 – Bibliothèque de Nemours

_JM05335Robert Antelme écrivait en 1947 l’avant propos de son unique livre L’espèce humaine. En voici un extrait :

« Dès les premiers jours cependant, il nous paraissait impossible de combler la distance que nous découvrions entre le langage dont nous disposions et cette expérience que, pour la plupart, nous étions encore en train de poursuivre dans notre corps […] Cette disproportion entre l’expérience que nous avions vécue et le récit qu’il était possible d’en faire ne fit que se confirmer par la suite. Nous avions donc bien affaire à l’une de ces réalités qui font dire qu’elles dépassent l’imagination. »

_JM05320Et Semprun de son côté affirmait quelques années plus tard dans L’écriture ou la vie :

« Il y aura des survivants, certes. Moi, par exemple. Me voici survivant de service, opportunément apparu devant ces trois officiers d’une mission alliée pour leur raconter la fumée du crématoire, l’odeur de chair brûlée, les appels sous la neige, les corvées meurtrières, l’épuisement de la vie, l’espoir inépuisable, la sauvagerie de l’animal humain, la grandeur de l’homme, la nudité fraternelle et dévastée du regard des copains.
Mais peut-on raconter ? Le pourra-t-on ? »
« Le doute me vient dès ce premier instant.
Nous sommes le 12 avril 1945, le lendemain de la libération de Buchenwald. L’histoire est fraîche, en somme. Nul besoin d’un effort de mémoire particulier. Nul besoin non plus d’une documentation digne de foi, vérifiée. C’est encore au présent, la mort. Ca se passe sous nos yeux, il suffit de regarder. Ils continuent de mourir par centaines, les affamés du Petit Camp, les Juifs rescapés d’Auschwitz.
Il n’y a qu’à se laisser aller. La réalité est là, disponible. La parole aussi. »
« Pourtant, un doute me vient sur la possibilité de raconter. Non pas que l’expérience vécue soit indicible. Elle a été invivable, ce qui est tout autre chose, on le comprendra aisément. Autre chose qui ne concerne pas la forme d’un récit possible, mais sa substance. Non pas son articulation, mais sa densité. »

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Nombre de livres de témoignages ont été publiés. Nous ont-ils transmis autre chose que des faits ? Le langage a-t-il le pouvoir de dire l’expérience dans sa vérité… ou lui faut-il le recours à l’art… à cette forme particulière de l’imagination quand elle se fait création ?

En 1947, cette revue était publiée par les édition Michel de Romilly regroupant les dessins de Léon Delarbre, artiste résistant revenu des camps :

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img252Les intellectuels ne sont parvenus à prendre possession de cet « événement » que 20 ans plus tard… Il aura fallu tout ce temps de rumination pour saisir et pour en dire quelque chose ! Pourquoi ? Parce que l’événement était traumatique ? Parce que personne n’y croyait ? Parce qu’il y a de l’indicible et qu’il faut parvenir à le dire malgré tout ? Peut-être toutes ces raisons à la fois !

Pourtant, Jacques Rancière dans son article “S’il y a de l’irreprésentable” in L’art et la mémoire des camps, représenter, exterminer affirme ceci :

« […] l’usage inflationniste de la notion d’irreprésentable et de toute une série de notions auxquelles elle se connecte volontiers : l’imprésentable, l’impensable, l’intraitable, l’irrachetable, etc. Cet usage inflationniste fait en effet tomber sous un même concept et entoure d’une même aura de terreur sacrée toutes sortes de phénomènes, de processus et de notions, qui vont de l’interdit mosaïque de la représentation à la Shoah, en passant par le sublime kantien, la scène primitive freudienne, le Grand Verre de Duchamp ou le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch. »

Plus loin il compare l’écriture de Robert Antelme à celle de Flaubert, montrant ainsi que l’écriture concentrationnaire n’a pas trouvé son mode propre.

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Avons-nous besoin de rêver ? Dimanche 8 novembre à Larchant

 

 

Réflexion autour du rêve ce dimanche à 11h – Salle Châtenoy à Larchant… Je rêve, tu rêves, nous rêvons tous…. Y a-t-il une nécessité à cela ? De quoi parlons nous quand nous parlons de nos rêves ?

C’est avec les livres d’artiste de Tamara Lise que nous nous promènerons d’abord…
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Nos cogitations nous entrainerons inévitablement vers l’approche psychanalytique du rêve… avec Freud sans doute… mais d’autres aussi!

Quant à la philosophie, qui ne sera pas en reste, elle nous permettra de saluer au passage Bachelard et David Hume….

Gaston Bachelard, La poétique de la rêverie : « Dans les quarante ans de ma vie de philosophe, j’ai entendu dire que la philosophie reprenait un nouveau départ avec le Cogito ergo sum de Descartes. J’ai dû aussi énoncer moi-même cette leçon initiale. Dans l’ordre des pensées, c’est une devise si claire! Mais n’en dérangerait-on pas le dogmatisme si l’on demandait au rêveur s’il est bien sûr d’être l’être qui rêve son rêve? Une telle question ne troublait guère un Descartes. Pour lui, penser, vouloir, aimer, rêver, c’est toujours une activité de son esprit. Il était sûr, l’heureux homme, que c’était lui, bien lui, lui seul qui avait passions et sagesse. Mais un rêveur, un vrai rêveur qui traverse les folies de la nuit, est-il sûr d’être lui-même ? Quant à nous, nous en doutons. Nous avons toujours reculé devant l’analyse des rêves de la nuit. Et c’est ainsi que nous sommes arrivés à cette distinction un peu sommaire qui cependant devait éclairer nos enquêtes. Le rêveur de la nuit ne peut énoncer un cogito. Le rêve de la nuit est un rêve sans rêveur. Au contraire, le rêveur de la rêverie garde assez de conscience pour dire : c’est moi qui rêve la rêverie, c’est moi qui suis heureux du loisir où je n’ai plus la tâche de penser. »

David Hume : « Il est des philosophes qui imaginent que nous sommes à chaque instant intimement conscients de ce que nous appelons notre moi, que nous en sentons l’existence et la continuité d’existence, et que nous sommes certains, avec une évidence qui dépasse celle d’une démonstration, de son identité et de sa simplicité parfaites. La sensation la plus forte, la passion la plus violente, disent-ils, loin de nous détourner de cette vue, ne la fixent que plus intensément et nous font considérer, par la douleur ou le plaisir qui les accompagne, l’influence qu’elles exercent sur le moi. Tenter d’en trouver une preuve supplémentaire serait en atténuer l’évidence, puisqu’on ne peut tirer aucune preuve d’un fait dont nous sommes si intimement conscients, et que nous ne pouvons être sûrs de rien si nous en doutons […]. Pour moi, quand je pénètre plus intimement dans ce que j’appelle moi-même, je tombe toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaleur ou de froid, de lumière ou d’ombre, d’amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne parviens jamais, à aucun moment, à me saisir moi-même sans une perception et je ne peux jamais rien observer d’autre que la perception. Quand mes perceptions sont absentes pour quelques temps, quand je dors profondément, par exemple, je suis, pendant tout ce temps, sans conscience de moi-même et on peut dire à juste titre que je n’existe pas. »

 

Larchant Dimanche 11 octobre 11h – L’amour, passion, illusion, affection, raison ?

Ce sera le dernier volet de la trilogie Désir, Amour et Amitié.

Nous voyagerons avec Platon qui nous explique l’origine de l’amour… mais aussi ce qu’il doit être…

Rousseau nous emmènera visiter le passage de l’amour de soi à l’amour propre…

Et nous chercherons quand même à comprendre ce que nous pouvons supposer être l’amour finalement !

La mémoire….. le 5 juillet à Larchant…. c’était franchement intéressant !

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juste avant de commencer, salle Chatenoy à Larchant….

Une très jolie séance accompagnée des collages de Sylvia Guérin Harvois et des photographies de Janine Mignot… qui semblent parler le même langage !

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L’accueil….

LA mémoire… ne peut-on penser différents types de mémoire ? Nous avons évoqué la diversité des rapports entre la mémoire et… récit, temps, histoire, politique, imagination, conscience, préconscient, inconscient, passion, souvenir… oubli !

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collage Sylvia Guérin Harvois

En effet, la mémoire peut-elle se réduire à une réserve de traces laissées par l’expérience qu’il nous faudrait à chaque fois faire revenir à la conscience, autrement dit, ne serait-elle qu’accumulation de souvenirs ?

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Photographie Janine Mignot
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Laurence Manesse Cesarini… présentation

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Collage Sylvia Guérin Harvois

« […] on pourrait se représenter deux mémoires théoriquement indépendantes. La première enregistrerait, sous forme d’images-souvenirs, tous les événements de notre vie quotidienne à mesure qu’ils se déroulent ; elle ne négligerait aucun détail ; elle laisserait à chaque fait, à chaque geste, sa place et sa date. Sans arrière-pensée d’utilité ou d’application pratique, elle emmagasinerait le passé par le seul effet d’une nécessité naturelle. Par elle deviendrait possible la reconnaissance intelligente, ou plutôt intellectuelle, d’une perception déjà éprouvée ; en elle nous nous réfugierions toutes les fois que nous remontons, pour y chercher une certaine image, la pente de notre vie passée. » Bergson, Matière et mémoire

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Collage Sylvia Guérin Harvois

Ne pourrait-on pas penser une mémoire constitutive du temps ? N’est-elle pas la faculté qui nous permet en effet de relier entre eux les instants qui se succèdent pour maintenir une continuité entre eux, et donc élaborer le temps ?

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Photographie Janine Mignot

« Car un nombre constitué par des intervalles de temps, si la mémoire ne vient pas à notre aide, ne peut absolument pas être jugé par nous. Si brève  que soit une syllabe, du moment qu’elle commence et finit, elle a son début en un temps et sa fin en un autre. Elle est donc elle-même entendue en un laps de temps, si petit soit-il, et elle se tend de son début vers son milieu, vers son terme… Aussi, même pour entendre la plus brève syllabe, nous faut-il l’aide de la mémoire, pour qu’en cet instant ou résonne non plus le début, mais la fin de la syllabe le mouvement produit par le début perdure dans l’âme. Sinon, nous pouvons dire que nous n’avons rien entendu. » Saint Augustin, La musique, VI

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collage Sylvia Guérin Harvois

Mais encore, la mémoire ne serait-elle pas ce qui nous permet de nous reconnaître nous-même tout à travers le temps justement ? Pouvoir se souvenir de notre passé c’est toujours se rapporter à soi. Que nous arrive-t-il quand nous perdons la mémoire ? L’angoisse qui en résulte n’est-elle pas celle de la perte du moi ?

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Photographie Janine Mignot

« Car puisque la conscience accompagne toujours la pensée, et que c’est là ce qui fait que chacun est ce qu’il nomme soi-même, et par où il se distingue de toute autre chose pensante : c’est aussi en cela seul que consiste l’identité personnelle, ou ce qui fait qu’un être raisonnable est toujours le même. Et aussi loin que cette con-science (on pourrait dire notre mémoire) peut s’étendre sur les actions ou les pensées déjà passées, aussi loin s’étend l’identité de cette personne : le soi est présentement le même qu’il était alors ; et cette action passée a été faite par le même soi que celui qui se la remet à présent dans l’esprit. » Locke, Essai sur l’entendement humain

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Photographie Janine Mignot

Si donc la mémoire a d’abord été pensée comme une des grandes facultés de l’âme – Saint Augustin parlait de « la trinité intérieure : mémoire, volonté et intelligence », la mémoire a aussi eu pour fonction d’assurer le maintien de la chaîne de transmission (la mnémotechnie remonte au 4ème siècle avant J-C.). Elle s’est traduite aussi, sur un plan politique et historique, au 20 siècle par l’idée d’un « devoir de mémoire », devoir moral d’un Etat contre l’oubli collectif (mais y a-t-il une mémoire collective ?) des victimes involontaires.

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Photographie Janine Mignot

Dans un tout autre registre, nous avons fait un bout de route avec Nietzsche qui, avant Freud, pense l’oubli comme une faculté, une vertu bénéfique, protecteur et gardien de la vie… de l’ordre psychique. Il faut savoir fermer les portes et les fenêtres de la conscience pour faire un peu de place au nouveau ! S’il est impossible de vivre sans mémoire, il serait bien difficile de vivre sans oubli. Freud affirme que l’on guérit en se souvenant (faire revenir à la conscience ce qui se niche dans l’inconscient et qui m’empêche de vivre bien) mais que trop de mémoire rend aussi malade. Le préconscient, cette zone de souvenirs qui restent à notre disposition si nous faisons l’effort de les convoquer à la conscience, est aussi une zone de retenue des préoccupations qui nous perturbent.

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Photographie Janine Mignot

Et nous nous sommes attardés sur un passage de Nietzsche, plein de poésie, établissant le lien entre mémoire, oubli et bonheur :

« Dans le plus petit comme dans le plus grand bonheur, il y a quelque chose qui fait que le bonheur est un bonheur : la possibilité d’oublier, ou pour le dire en termes plus savants, la faculté de sentir les choses, aussi longtemps que dure le bonheur, en dehors de toutes perspective historique. L’homme qui est incapable de s’asseoir au seuil de l’instant en oubliant tous les événements du passé, celui qui ne peut pas, sans vertige et sans peur, se dresser un instant tout debout, comme une victoire, ne saura jamais ce qu’est un bonheur et, ce qui est pire, il ne fera jamais rien pour donner du bonheur aux autres. Imaginez l’exemple extrême : un homme qui serait incapable de ne rien oublier et qui serait condamné à ne voir partout qu’un devenir; celui-là ne croirait pas à sa propre existence, il ne croirait plus en soi, il verrait tout se dissoudre en un infinité de points mouvants et finirait par se perdre dans ce torrent du devenir. Finalement, en vrai disciple d’Héraclite, il n’oserait même plus bouger un doigt. Toute action exige l’oubli, comme la vie des êtres organiques exige non seulement la lumière mais aussi l’obscurité. Un homme qui ne voudrait sentir les choses qu’historiquement serait pareil à celui qu’on forcerait à s’abstenir de sommeil ou à l’animal qui ne devrait vivre que de ruminer et de ruminer sans fin. Donc, il est possible de vivre presque sans souvenir et de vivre heureux, comme le démontre l’animal, mais il est encore impossible de vivre sans oubli. Ou plus simplement encore, il y a un degré d’insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit au vivant et qui finit par le détruire, qu’il s’agisse d’un homme, d’un peuple ou d’une civilisation. » Nietzsche, Considérations inactuelles.

 _JM00268[1]Et finalement…. on discute ! (à gauche Sylvia Guérin Harvois)

Toutes les photographies de cet apéro philo ont été prises par Janine Mignot que nous remercions.