Amour et Amitié

 

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La proposition était de faire la distinction entre amour et amitié… ce qui fonde leur différence puisque différence il y a en effet.

Trois points ont été retenus :

L’amitié n’est pas exclusive à l’inverse de l’amour entre deux personnes. Je n’exigerai pas de mon ami que je sois son seul ami !

L’amitié est nécessairement réciproque à l’inverse de l’amour. Je peux bien être fou amoureux de quelqu’un ou quelqu’une sans recevoir la pareille !

L’amitié est étrangère à toute attirance érotique à l’inverse de l’amour qui ne saurait s’en passer !

Absence d’érotisme, absence de jalousie, une réciprocité parfaite du sentiment, voici la définition idéale de l’amitié !

Parole de femme – Hannah Arendt – Regard sur l’art

A la Bibliothèque de Nemours samedi 14 mars à 10h30 nous nous sommes retrouvés pour découvrir, ou se souvenir, du regard qu’Hannah Arendt porte sur l’art, ou plutôt pour comprendre comment elle établit un lien fort entre art et politique. Ce lien est analysé dans son article « La crise de la culture » publié en 1968.

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Une biographie très complète d’Hannah Arendt est consultable en ligne sur le site du CNAM à l’adresse suivante :

http://www.cnam.fr/lipsor/dso/articles/fiche/arendt.html

Nous avons donc prélevé dans les propositions d’Hannah Arendt ce qui renvoyait très précisément au rapport art et politique. Nous vous en proposons un bref résumé…

Il est d’abord une distinction très classique à faire entre un objet d’usage et un objet d’art. En effet si l’objet d’usage répond à un besoin, l’art et ses objets témoignent du passé, en ce sens ils sont immortels, intemporels aussi. L’objet d’usage sera consommé, l’oeuvre d’art sera contemplée et traversera les temps.

Dans un numéro spécial de LA RECHERCHE sous le titre « La naissance de l’art », on peut lire parmi les propos de Pierre Soulage, recueillis par Anita Rudman, un certain nombre de réflexions qui peuvent illustrer les propositions d’Hannah Arendt.

« (L’art) c’est rendre présente une façon de sentir, d’être. Rendre présent un rapport aux autres et au monde. L’œuvre renouvelle le regard, le change et nous change, et à travers les époques exerce un pouvoir sur celui qui regarde. (…) L’art révèle notre rapport au monde et aux autres. » L’art révèle la vérité d’une époque en nous la rendant sensible.

Contemplation donc, un autre rapport au monde, à soi et aux autres. Mais encore l’art est hors du temps, immortel dit Arendt. Pierre Soulage :

« Parler d’une origine de l’art, c’est figer l’idée même d’art. C’est lui fixer un but idéal qu’il aurait atteint par la suite. … on est en droit d’affirmer que depuis qu’elle existe la peinture a sans cesse été inventée et qu’elle est toujours à réinventer. » et encore, de manière plus évidente : « Il n’y a jamais eu de progrès en art. »

Arendt affirme que la beauté transcende tout besoin, elle est au delà de tout besoin ou n’a rien à faire avec la satisfaction d’un besoin… et elle dure à travers les siècles. Ainsi les œuvres d’art sont les plus mondaines des choses par leur présence qui demeure, elles sont les plus présentes au monde puisqu’elles ne disparaissent pas, nous ne les « consommons » pas, nous ne les faisons pas « disparaître ». Soulage encore rejoint Arendt.

 « Mais en présence de ces peintures (peintures rupestres), ce qui m’anime est différent de la recherche de mes amis préhistoriens. Je ne me sens ni historien, ni ethnologue, ni anthropologue. Ce qui m’émeut, m’anime, et va loin en moi, c’est ce sur quoi repose la force de cette présence. Au-delà de la représentation, ce que j’interroge et qui m’atteint directement ce sont les qualités concrètes de la trace, de la forme, de la tache, des contrastes, de la vibration et de la modulation de la couleur, souvent du noir. De l’organisation de tous ces éléments picturaux et de leur rapport avec la surface de la paroi naissent le rythme, l’espace, la fascination liée à la présence de cette peinture. C’est ainsi qu’elle m’atteint, indépendamment de l’époque de sa création. » « Si une œuvre m’atteint, c’est qu’elle est capable de recevoir ce que j’y investis de moi-même, de générer en moi une dynamique, celle que génère toute véritable émotion artistique ». On sent bien ici un pouvoir de partage qui traverse les âges !

Le propos du jour portait surtout sur le rapport entre art et politique qui repose sur trois points :

– L’art a besoin d’être exposé pour exister, il lui faut donc un espace public d’exposition. Nous entrons déjà dans l’idée d’une mise en commun, donc du collectif, du politique.

– L’art est immortel, intemporel, toute société humaine s’y retrouve… il est la seule manifestation ou « production » humaine que nous pouvons partager au délà du temps et de l’espace qui sépare les hommes. Là encore Pierre Soulage acquiesce quand il ajoute, parlant toujours des peintures rupestres « Je crois que cet homme me ressemble étonnamment, ou plutôt je lui ressemble. » S’exprime ici le sentiment d’être un homme, plutôt la conscience d’être membre de la même espèce humaine. Plus loin il ajoute : « Bien sûr, il pense et sent d’autres choses que moi mais je reconnais dans cette peinture quelque chose qui m’est proche, présent, fraternel, comme si, malgré nos différences, nous étions incroyablement voisins ».

– Pour reprendre Arendt, le troisième point qui installe définitivement l’art dans le domaine du politique renvoie au jugement de goût de la troisième critique d’Emmanuel Kant, La critique de la faculté de juger. Le jugement de goût est effectivement une activité politique. Pour comprendre cette idée il faut envisager le fait que nous avons différentes manières d’être au monde, différentes manières d’être un sujet : je peux être un sujet connaissant, en ce cas le monde m’intéresse en tant qu’il peut satisfaire mes besoins et plus. C’est par la connaissance que je pourrai utiliser le monde au mieux pour cette satisfaction. Je peux aussi être un sujet agissant, il s’agira pour moi de faire des choix libres dont je déterminerai la valeur morale grâce à ma raison. Je peux aussi être un sujet esthétique, et c’est de celui-ci qu’il s’agit ici, c’est alors que je jugerai de la beauté d’un objet. Kant analyse le jugement portant sur le beau en quatre moments : Le jugement de goût est subjectif et désintéressé (l’objet de m’intéresse pas, il n’est que l’occasion d’un sentiment), le jugement de goût est universel et sans concept (chacun peut être touché par une oeuvre sans aucun besoin de nommer l’objet), c’est un jugement dont la finalité est sans fin (le seul but dans mon rapport à l’oeuvre est de maintenir mon état de contemplation, source de plaisir), et enfin le jugement de goût revêt une nécessité conditionnée au sens commun comme puissance de partage, c’est le lieu précisément du politique. Je suppose en effet que chacun partagera mon sentiment, mon jugement. Evidemment Kant sur ce point aura été largement contesté. Il renvoie pourtant à une faculté que tout homme porte en lui et que nous pouvons ainsi mettre en partage, la faculté d’être touché par un objet, par une oeuvre. Arendt ajoute que c’est le lieu où il m’est possible de véritablement me mettre et penser à la place de (ou comme) tout autre…

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On pourrait presque conclure avec cette phrase de Pierre Soulage : « Si l’espace, le rythme, le souffle de certaines œuvres nous touchent, génèrent une dynamique, c’est en dehors des significations que ces peintures pouvaient avoir à l’époque. (…) Et le souffle, c’est un signe de vie … Sur le plan de la pratique de la peinture, que le souffle ait été dès l’origine un des outils de base pour projeter sur la paroi des pigments de couleur, dans tous les pays, à toutes les époques, ce n’est pas indifférent et cela a, je crois, un sens profond. »

Après ces propositions la discussion s’est engagée et fut fort intéressante, nous emportant vers divers horizons et questionnements dont nous retiendrons celui-ci, proposé par l’un des participants :

L’enfant ne serait-il pas le sujet esthétique par excellence puisque seul véritablement capable de désintéressement ?

Très jolie question…. pourra-t-elle trouver une réponse !

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Nous étions accompagnés pour cette séance de deux photographies de Janine Mignot, notre fidèle photographe.

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D’une petite sculpture de Fabrice Dal’Secco

Fiche maternite

Et d’un tableau de Claude Manesse

 

 

 

 

 

Apéro Philo – Larchant – dimanche 19 octobre 2014

QUE SUIS-JE ? QUI SUIS-JE ?

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Tableau de Armelle Renaud (photo Janine Mignot)

Lorsque j’ai proposé ces questions à mes élèves en leur demandant s’ils voyaient une différence entre les deux, la réponse spontanée fut celle-ci :

L’élève : « Ben oui Madame ! »

Moi : « Bien ! laquelle ? »

L’élève : « Ben il y a une voyelle qui change ! »

Moi : « En effet, entre les deux une voyelle a changé, c’est bien observé ! Mais qu’en est-il du sens ? »

Les élèves : « ? »

C’est ainsi que ça a commencé !

Alors je suis allée chercher ces petites phrases que l’on aime bien !

Je suis un être auteur de ses actes et de ses pensées, en ce sens je suis un être libre !

« L’homme est condamné à être libre » Jean-Paul Sartre

Mais d’abord je suis un être qui a conscience de lui-même

« Je pense donc je suis » Descartes

Et surtout ces textes qui nous aident à penser….

Extraits

« … il me fallait entreprendre sérieusement une fois en ma vie de me défaire de toutes les opinions que j’avais reçues jusqu’alors en ma créance, et commencer tout de nouveau dès les fondements si je voulais établir quelque chose de ferme et de constant dans les sciences. » Descartes, 1ère Méditation.

« … et qu’il me trompe tant qu’il voudra, il ne saurait jamais faire que je ne sois rien, tant que je penserai être quelque chose. De sorte qu’après y avoir bien pensé, et avoir soigneusement examiné toutes choses, enfin il faut conclure, et tenir pour constant que cette proposition : je pense, j’existe, est nécessairement vraie toutes les fois que je la prononce ou que je la conçois en mon esprit. » Descartes, 2nd Méditation.

« L’esprit est une sorte de théâtre, où des perceptions diverses font successivement leur entrée, passent, repassent, s’esquivent et se mêlent en une variété infinie de positions et de situations. Il n’y a pas en lui à proprement parler de simplicité à un moment donné, ni d’identité à différents moments. » Hume, Traité de la nature humaine.

« Il est des philosophes qui imaginent que nous sommes à chaque instant intimement conscients de ce que nous appelons notre moi, que nous en sentons l’existence et la continuité d’existence, et que nous sommes certains, avec une évidence qui dépasse celle d’une démonstration, de son identité et de sa simplicité parfaites. La sensation la plus forte, la passion la plus violente, disent-ils, loin de nous détourner de cette vue, ne la fixent que plus intensément et nous font considérer, par la douleur ou le plaisir qui les accompagne, l’influence qu’elles exercent sur le moi. Tenter d’en trouver une preuve supplémentaire serait en atténuer l’évidence, puisqu’on ne peut tirer aucune preuve d’un fait dont nous sommes si intimement conscients, et que nous ne pouvons être sûrs de rien si nous en doutons […].

Pour moi, quand je pénètre plus intimement dans ce que j’appelle moi-même, je tombe toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaleur ou de froid, de lumière ou d’ombre, d’amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne parviens jamais, à aucun moment, à me saisir moi-même sans une perception et je ne peux jamais rien observer d’autre que la perception. Quand mes perceptions sont absentes pour quelques temps, quand je dors profondément, par exemple, je suis, pendant tout ce temps, sans conscience de moi-même et on peut dire à juste titre que je n’existe pas. »

David Hume, Traité de la nature humaine, Livre I.

« Dans le sommeil je suis tout ; mais je n’en sais rien. La conscience suppose réflexion et division. La conscience n’est pas immédiate. Je pense, et puis je pense que je pense, par quoi je distingue Sujet et Objet, Moi et le monde. Moi et ma sensation. Moi et mon sentiment. Moi et mon idée. C’est bien le pouvoir de douter qui est la vie du moi. Par ce mouvement, tous les instants tombent au passé. Si l’on se retrouvait tout entier c’est alors qu’on ne se reconnaîtrait pas. Le passé est insuffisant, dépassé. Je ne suis plus cet enfant, cet ignorant, ce naïf. A ce moment-là j’étais autre chose en espérance, en avenir. La conscience de soi est la conscience d’un devenir et d’une formation de soi irréversible, irréparable. Ce que je voulais je le suis devenu. Voilà le lien entre le passé et le présent, pour le mal comme pour le bien.

Ainsi le moi est un refus d’être moi, qui en même temps conserve les moments dépassés. Se souvenir, c’est sauver ses souvenirs, c’est se témoigner qu’on les a dépassés. C’est les juger. Le passé, ce sont des expériences que je ne ferai plus. Un artiste reconnaît dans ses œuvres qu’il ne s’était pas encore trouvé lui-même, qu’il ne s’était pas encore délivré ; mais il y retrouve aussi un pressentiment de ce qui a suivi. C’est cet élan qui ordonne les souvenirs selon le temps. »

Alain, Manuscrits inédits.

« Car nous voulons dire que l’homme existe d’abord, c’est-à-dire que l’homme est d’abord un projet qui se vit subjectivement, au lieu d’être une mousse, un pourriture ou un chou-fleur ; rien n’existe préalablement à ce projet ; rien n’est au ciel intelligible, et l’homme sera d’abord ce qu’il aura projeté d’être.

Jean-Paul Sartre, L’existentialisme est un humanisme.

Petite bibliographie

Clément Rosset, Loin de moi, étude sur l’identité, Editions de minuit