La mémoire….. le 5 juillet à Larchant…. c’était franchement intéressant !

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juste avant de commencer, salle Chatenoy à Larchant….

Une très jolie séance accompagnée des collages de Sylvia Guérin Harvois et des photographies de Janine Mignot… qui semblent parler le même langage !

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L’accueil….

LA mémoire… ne peut-on penser différents types de mémoire ? Nous avons évoqué la diversité des rapports entre la mémoire et… récit, temps, histoire, politique, imagination, conscience, préconscient, inconscient, passion, souvenir… oubli !

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collage Sylvia Guérin Harvois

En effet, la mémoire peut-elle se réduire à une réserve de traces laissées par l’expérience qu’il nous faudrait à chaque fois faire revenir à la conscience, autrement dit, ne serait-elle qu’accumulation de souvenirs ?

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Photographie Janine Mignot
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Laurence Manesse Cesarini… présentation

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Collage Sylvia Guérin Harvois

« […] on pourrait se représenter deux mémoires théoriquement indépendantes. La première enregistrerait, sous forme d’images-souvenirs, tous les événements de notre vie quotidienne à mesure qu’ils se déroulent ; elle ne négligerait aucun détail ; elle laisserait à chaque fait, à chaque geste, sa place et sa date. Sans arrière-pensée d’utilité ou d’application pratique, elle emmagasinerait le passé par le seul effet d’une nécessité naturelle. Par elle deviendrait possible la reconnaissance intelligente, ou plutôt intellectuelle, d’une perception déjà éprouvée ; en elle nous nous réfugierions toutes les fois que nous remontons, pour y chercher une certaine image, la pente de notre vie passée. » Bergson, Matière et mémoire

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Collage Sylvia Guérin Harvois

Ne pourrait-on pas penser une mémoire constitutive du temps ? N’est-elle pas la faculté qui nous permet en effet de relier entre eux les instants qui se succèdent pour maintenir une continuité entre eux, et donc élaborer le temps ?

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Photographie Janine Mignot

« Car un nombre constitué par des intervalles de temps, si la mémoire ne vient pas à notre aide, ne peut absolument pas être jugé par nous. Si brève  que soit une syllabe, du moment qu’elle commence et finit, elle a son début en un temps et sa fin en un autre. Elle est donc elle-même entendue en un laps de temps, si petit soit-il, et elle se tend de son début vers son milieu, vers son terme… Aussi, même pour entendre la plus brève syllabe, nous faut-il l’aide de la mémoire, pour qu’en cet instant ou résonne non plus le début, mais la fin de la syllabe le mouvement produit par le début perdure dans l’âme. Sinon, nous pouvons dire que nous n’avons rien entendu. » Saint Augustin, La musique, VI

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collage Sylvia Guérin Harvois

Mais encore, la mémoire ne serait-elle pas ce qui nous permet de nous reconnaître nous-même tout à travers le temps justement ? Pouvoir se souvenir de notre passé c’est toujours se rapporter à soi. Que nous arrive-t-il quand nous perdons la mémoire ? L’angoisse qui en résulte n’est-elle pas celle de la perte du moi ?

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Photographie Janine Mignot

« Car puisque la conscience accompagne toujours la pensée, et que c’est là ce qui fait que chacun est ce qu’il nomme soi-même, et par où il se distingue de toute autre chose pensante : c’est aussi en cela seul que consiste l’identité personnelle, ou ce qui fait qu’un être raisonnable est toujours le même. Et aussi loin que cette con-science (on pourrait dire notre mémoire) peut s’étendre sur les actions ou les pensées déjà passées, aussi loin s’étend l’identité de cette personne : le soi est présentement le même qu’il était alors ; et cette action passée a été faite par le même soi que celui qui se la remet à présent dans l’esprit. » Locke, Essai sur l’entendement humain

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Photographie Janine Mignot

Si donc la mémoire a d’abord été pensée comme une des grandes facultés de l’âme – Saint Augustin parlait de « la trinité intérieure : mémoire, volonté et intelligence », la mémoire a aussi eu pour fonction d’assurer le maintien de la chaîne de transmission (la mnémotechnie remonte au 4ème siècle avant J-C.). Elle s’est traduite aussi, sur un plan politique et historique, au 20 siècle par l’idée d’un « devoir de mémoire », devoir moral d’un Etat contre l’oubli collectif (mais y a-t-il une mémoire collective ?) des victimes involontaires.

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Photographie Janine Mignot

Dans un tout autre registre, nous avons fait un bout de route avec Nietzsche qui, avant Freud, pense l’oubli comme une faculté, une vertu bénéfique, protecteur et gardien de la vie… de l’ordre psychique. Il faut savoir fermer les portes et les fenêtres de la conscience pour faire un peu de place au nouveau ! S’il est impossible de vivre sans mémoire, il serait bien difficile de vivre sans oubli. Freud affirme que l’on guérit en se souvenant (faire revenir à la conscience ce qui se niche dans l’inconscient et qui m’empêche de vivre bien) mais que trop de mémoire rend aussi malade. Le préconscient, cette zone de souvenirs qui restent à notre disposition si nous faisons l’effort de les convoquer à la conscience, est aussi une zone de retenue des préoccupations qui nous perturbent.

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Photographie Janine Mignot

Et nous nous sommes attardés sur un passage de Nietzsche, plein de poésie, établissant le lien entre mémoire, oubli et bonheur :

« Dans le plus petit comme dans le plus grand bonheur, il y a quelque chose qui fait que le bonheur est un bonheur : la possibilité d’oublier, ou pour le dire en termes plus savants, la faculté de sentir les choses, aussi longtemps que dure le bonheur, en dehors de toutes perspective historique. L’homme qui est incapable de s’asseoir au seuil de l’instant en oubliant tous les événements du passé, celui qui ne peut pas, sans vertige et sans peur, se dresser un instant tout debout, comme une victoire, ne saura jamais ce qu’est un bonheur et, ce qui est pire, il ne fera jamais rien pour donner du bonheur aux autres. Imaginez l’exemple extrême : un homme qui serait incapable de ne rien oublier et qui serait condamné à ne voir partout qu’un devenir; celui-là ne croirait pas à sa propre existence, il ne croirait plus en soi, il verrait tout se dissoudre en un infinité de points mouvants et finirait par se perdre dans ce torrent du devenir. Finalement, en vrai disciple d’Héraclite, il n’oserait même plus bouger un doigt. Toute action exige l’oubli, comme la vie des êtres organiques exige non seulement la lumière mais aussi l’obscurité. Un homme qui ne voudrait sentir les choses qu’historiquement serait pareil à celui qu’on forcerait à s’abstenir de sommeil ou à l’animal qui ne devrait vivre que de ruminer et de ruminer sans fin. Donc, il est possible de vivre presque sans souvenir et de vivre heureux, comme le démontre l’animal, mais il est encore impossible de vivre sans oubli. Ou plus simplement encore, il y a un degré d’insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit au vivant et qui finit par le détruire, qu’il s’agisse d’un homme, d’un peuple ou d’une civilisation. » Nietzsche, Considérations inactuelles.

 _JM00268[1]Et finalement…. on discute ! (à gauche Sylvia Guérin Harvois)

Toutes les photographies de cet apéro philo ont été prises par Janine Mignot que nous remercions.

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