En mai, fais ce qu’il te plait…

Rendez-vous dimanche 22 mai 2022 à 11h – Salle Sablonnière – Larchant

Conférence débat animée par Catherine Fava Dauvergne et Laurence Manesse Cesarini

Le Printemps, Photo LMC

S’agirait-il de liberté ?

Spinoza (1632-1677) semble en douter : « La liberté n’est que l’ignorance des causes qui nous déterminent » affirme-t-il dans son Ethique. Dès lors, si nous ignorons ce qui nous détermine, pouvons-nous encore penser que nous sommes vraiment libres ?

Mais tout commence par une définition, voici ce qu’en pense Paul Valéry (1871-1945)

« Liberté : c’est un de ces détestables mots qui ont plus de valeur que de sens ; qui chantent plus qu’ils ne parlent ; qui demandent plus qu’ils ne répondent ; de ces mots qui ont fait tous les métiers, et desquels la mémoire est barbouillée de Théologie, de Métaphysique, de Morale et de Politique ; mots très bons pour la controverse, la dialectique, l’éloquence ; aussi propres aux analyses illusoires et aux subtilités infinies qu’aux fins de phrases qui déchaînent le tonnerre. »  Paul Valéry, Regards sur le monde actuel, « Fluctuations sur la liberté »

Cette liberté, si difficile à définir, ne serait-elle vraiment qu’une illusion ?

Descartes (1596-1650), quant à lui, a très clairement défini le libre-arbitre comme désignant l’idée selon laquelle nous sommes capables de commencer absolument, en nous arrachant en quelque sorte à la causalité telle qu’elle est engagée dans les choses : ayant eu à choisir entre plusieurs voies possibles, je me suis déterminé par moi-même, indépendamment de toute détermination extérieure à ma volonté. Voici donc bien la certitude que nous sommes libres, ou au moins possiblement libres ! Parce qu’en effet, pour Descartes, notre volonté est infinie, à l’image de celle de Dieu. Sauf que l’exercice de cette volonté est sans limite pour Dieu puisqu’il est omniscient alors que nous sommes limités. (Méditations IV)

Jean-Paul Sartre (1905-1980) affirme quand même, dans l’Existentialisme est un humanisme, que « l’homme est condamné à être libre. » La liberté n’est plus à apprendre, nous sommes jetés dans le monde et, dès lors, libres !

Hummm, ça se discute !

Apéro Philo Larchant le 15 février à 11h – Du désir, de l’amour et de l’amitié – 1

 

 deux chaises DESIR, AMOUR et AMITIE 

Photographie Janine Mignot

 

avec Laurence Manesse Cesarini (essayiste, professeure de philosophie) pour la philo et Janine Mignot (photographe) pour les photos !

Philosopher dans nos villages… pour s’ouvrir, s’étonner, grandir !

Vous avez dit désir ? mais encore…  Il y a désir et désir… désir de l’autre… désir de gloire… désir de reconnaissance… désir de liberté… s’agit-il toujours de la même chose ?

Platon (427-347 av. J.-C.) propose une critique radicale du désir qu’il appelle « désir appétit » quand Epicure (342-270 av. J.-C.) nous donne la recette du bonheur en hiérarchisant les désirs. Il faudra renoncer aux désirs vains pour se donner les moyens d’être heureux :

« Il faut se rendre compte que parmi nos désirs les uns sont naturels, les autres vains, et que parmi les premiers il y en a qui sont nécessaires et d’autres qui sont seulement naturels. Parmi les nécessaires, il y en a qui le sont pour le bonheur, d’autres pour la tranquillité continue du corps, d’autres enfin pour la vie même. Une théorie non erronée de ces désirs sait en effet rapporter toute préférence et toute aversion à la santé du corps et à la tranquillité de l’âme puisque c’est là la perfection même de la vie heureuse. Car tous nos actes visent à écarter de nous la souffrance et la peur. Lorsqu’une fois nous y sommes parvenus, la tempête de l’âme s’apaise, l’être vivant n’ayant plus besoin de s’acheminer  vers quelque chose qui  lui manque, ni de chercher autre chose pour parfaire le bien-être de l’âme et celui du corps. (…) Et c’est pourquoi nous disons que le plaisir est le commencement et la fin de la vie. »   Epicure, Lettre à Ménécée

Spinoza (1632-1677) va plus loin puisqu’il affirme que le désir est essence même de l’homme.

« Chaque chose, autant qu’il (il = le conatus = effort d’une chose pour persévérer dans son être) est en elle, s’efforce de persévérer dans son être. (…)

Cet effort, quand il se rapporte à l’âme seule, est appelé volonté, mais, quand il se rapporte à la fois à l’âme et au corps est appelé appétit ; l’appétit n’est par là rien d’autre que l’essence même de l’homme, de la nature de laquelle suis nécessairement ce qui sert à sa conservation ; et l’homme est ainsi déterminé à le faire. De plus, il n’y a nulle différence entre l’appétit et le désir, sinon que le désir se rapporte généralement aux hommes, en tant qu’ils ont conscience de leurs appétits, et peut, pour cette raison se définir ainsi : le désir est l’appétit avec conscience de lui-même.

Il est donc établi par tout cela que nous ne nous efforçons à rien, ne voulons, n’appétons ni ne désirons aucune chose, parce que nous la jugeons bonne ; mais, au contraire, nous jugeons qu’une chose est bonne parce que nous nous efforçons vers elle, la voulons, appétons et désirons. »             Spinoza, Ethique

 

Et pour Rousseau (1712-1778) celui qui ne désire plus ne peut pas être heureux !

« Malheur à celui qui n’a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère, et l’on n’est heureux qu’avant d’être heureux. En effet, l’homme avide (mû par le désir) et borné (têtu et d’intelligence limitée), fait pour tout vouloir et peu obtenir, a reçu du ciel une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu’il désire, qui le soumet à son imagination, qui le lui rend présent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte, et pour lui rendre cette imaginaire propriété plus douce, le modifie au gré de sa passion. Mais tout ce prestige disparaît devant l’objet même ; rien n’embellit plus cet objet aux yeux du possesseur ; on ne se figure point ce qu’on voit ; l’imagination ne pare plus rien de ce qu’on possède, l’illusion cesse où commence la jouissance. Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d’être habité et tel est le néant des choses humaines, qu’hors l’Etre existant par lui-même (Dieu) il n’y a rien de beau que ce qui n’est pas.

Si cet effet n’a pas toujours lieu sur les objets particuliers de nos passions, il est infaillible dans le sentiment commun qui les comprend toutes. Vivre dans peine n’est pas un état d’homme ; vivre ainsi c’est être mort. Celui qui pourrait tout sans être Dieu, serait une misérable créature ; il serait privé du plaisir de désirer ; toute autre privation serait plus supportable. »                                        Rousseau, La Nouvelle Héloïse

Marx enfin (1818-1882) nous explique que nous désirons parce que nous nous comparons aux autres.

« Qu’une maison soit grande ou petite, tant que les maisons d’alentour ont la même taille, elle satisfait à tout ce que, socialement, on demande à un lieu d’habitation. Mais qu’un palais vienne s’élever à côté d’elle, et voilà que la petite maison se recroqueville pour n’être plus qu’une  hutte. (…) nos besoins et nos jouissances ont leur source dans la société ; la mesure s’en trouve donc dans la société, et non dans les objets de leur satisfaction. Etat d’origine sociale, nos besoins (besoins sociaux = désirs) sont relatifs par nature. »                                                                                        Marx, Travail salarié et capital, 1849

Qu’allons nous faire de tout ça ? Nous en avons parlé ensemble….

Voici l’apéro philo en images !

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Salle Chatenoy – Larchant

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Pendant et après les festivités… une ambiance toujours agréable et chaleureuse ! l’important restant de parvenir à philosopher.. mais ensemble !